• Thierry

Rush final


Episode 12: Politiques et départ.

Nous commençons la journée par essayer de mettre en service le frigo trimix qui sert de commode à Ganesh depuis notre passage en octobre.

Ganesh a fait venir un "spécialiste" des raccordements de gaz. Il prend le bouchon de l'entrée de gaz, comprend que c'est un pas-de-vis inversé et propose finalement de revenir en fin de journée avec de quoi faire un essai. On lui paye une petite avance.

Rendez-vous avec Ivan Vurarambon

Nous avons rendez-vous ce matin avec M. Vurarambon, responsable des programmes de reconstruction, à l'ambassade Suisse qui est à l'autre bout de la ville...

Coincé dans les bouchons de Tamel, je l'appelle pour lui annoncer mon retard et il me propose de faire le chemin lui-même, ayant rendez-vous à Tamel en début d'après-midi. On se retrouve donc dans un grand hôtel du centre dans un magnifique jardin ombragé. M. Vurarambon est facile d'accès, détendu en jeans et en scandale. Architecte à Genève, il laisse son bureau tourner sans lui huit mois par an pour des missions plus ou moins longues comme spécialiste de la reconstruction post catastrophe.

L'ambassade Suisse à KTM se divise en trois services:

· Aide au développement qui représente 70% du budget

· Le corps diplomatique qui est la représentation suisse au Népal

· Le consulat qui délivre les visas pour les Népalais qui se rendent en Suisse, et s'occupe de la colonie Suisse et donc des Suisses au Népal.

Je commence l'entrevue par un résumé de nos activités. Il nous félicite et nous dit d'emblée que le Népal est le pire pays dans lequel il ait été engagé sur le plan de la complexité des méandres administratives. Sur les 30 mio de CHF engagés par la Suisse après le tremblement de terre, seuls 5 mio ont commencé à être utilisés mais AUCUN bâtiment n'a encore été commencé!! Il est donc très content qu'on ait réussi nos petits projets sans être impressionné tant il est convaincu que c'est presque le seul moyen d'arriver à quelque chose ici (quitte à utiliser des moyens moyennement officiels... (off records))!

Je lui montre quelques photos et il trouve notre dispensaire magnifique! Il est juste un peu déçu que l'on ait caché les structures antisismiques horizontales en béton car elles auraient eu une grande valeur didactique!

Parmi les messages reçus je retiens que:

· il faut absolument ne pas amener de technologie qui ne soit pas maîtrisée par les locaux. Sinon tout fini par tomber en rade par manque d'entretien et cela ne fait que polluer. Aucun objet n'est amené en plaine pour être réparé d'après ce que j'ai vu!

· Un des exemples sur lequel il rebondit est celui des filtres à eau que nous pourrions déployer: pour lui le meilleur système globalement le Micropur®! Un filtre à sable serait très bien si on arrive à former les gens car sinon une fois que le filtre est plein ou mal entretenu, l'eau n'est plus filtrée et on fait des malades...!

· TVA: on pourrait essayer de se faire dispenser de la TVA au Népal si on a une branche népalaise. La procédure est difficile mais ils pourraient nous y aider. Par contre il est pratiquement illusoire d'essayer de se faire rembourser la TVA après coup si on avait pas été dispensé.

· Si on devait créer une branche népalaise à notre Association, il faudrait l'annoncer après quelques mois au consulat. En cas de soucis ils pourraient nous aider.

M. Vurarambon quitte l'ambassade fin juillet mais il transmettra notre dossier à son successeur qui garde le même numéro de téléphone si jamais. Je lui promets un mail avec un dossier sur notre Association.

Visite au Dr Annapurna

Grâce à un ami de la famille Gurung, M. ..., banquier à la banque du Népal et de la famille de membres importants au gouvernement, Ganesh peut se permettre de demander une entrevue au Dr Annapurna – ça ne s'invente pas… -, comme l'avait fait Jean Garrigues précédemment. Je pense qu'il n'est pas inutile dans ce pays d'influence, que notre Association soit connue ou du moins appuyée politiquement. Le Dr Annapurna est diplômé d'Oxford, spécialisé sauf erreur en environnement. Il a reçu directement par le président du Népal, la mission de monter un service de protection de la région de Chure-Taraï, qui est en quelque sorte le dernier rempart forestier au sud du pays, s'étendant sur 36 districts d'est en ouest. La région est menacée par les déforestations et l'exploitation minière. Le Dr Annapurna a une position de chef administratif immédiatement sous le niveau ministériel et en contact direct avec le président: un homme important... donc! Accessoirement son service est juste à côté du département de la Manaslu Conservation Area, dont on pourrait avoir besoin en cas de projet d'envergure dans la vallée.

Nous commençons donc par traverser la ville (le bureau est à Patang) dans l'enfer de la circulation de midi accompagné par l'ami banquier qui nous servira de clé dans les bureaux de l'administration. Juste avant je vais vite m'acheter une chemise, ne voulant pas paraître trop déglingué devant cet homme important...

Grâce à l'ami de Ganesh, on a passe facilement les contrôles de sécurité et nous entrons directement dans le bureau du Dr Annapurna. Accueil peu chaleureux alors qu'il est au téléphone, par un homme moustachu et enveloppé, mal fagoté avec la braguette ouverte, et pas particulièrement souriant de surcroît. L'ami banquier me dit de m'asseoir et sans le moindre signe du docteur, je suis un peu mal à l'aise. Finalement on s'assied, M. Annapurna toujours au téléphone, aussi, et de longues minutes s'écoulent sans le moindre regard.

Finalement il termine, se lève et part à son bureau, toujours sans nous avoir regardé... Bizarre. Il revient finalement avec des cartes de visites qu'il nous tend avant de nous avoir serré la main... Bon.. Enfin on se présente et nous entamons une discussion plutôt ouverte que je démarre par un résumé de nos activités. Il nous remercie de notre aide et nous enjoint à continuer nos actions locales sans restriction! En cas de projet plus conséquent il nous recommande de faire un galop d'essai local, puis un plan et de soumettre le projet au niveau du département de conservation du Manaslu auquel il nous introduira volontiers. C'est déjà une étape! Il est en principe prévu qu'on le retrouve le soir pour un dîner que Ganesh a organisé mais nous n'en parlons pas.

En ce qui concerne la création d'une branche népalaise de notre Association, il voit cela d'un très bon oeil car cela pourrait simplifier passablement de procédures.

Nous rentrons au bureau de Village Support en fin d'après-midi pour régler le problème du frigo. Le type est là à nous attendre et son raccordement a l'air parfait! Seul problème... impossible de démarrer ce frigo..! Je télécharge le mode d'emploi, potasse un moment, retourne essayer sans succès! Pourtant la procédure a l'air simple!

Finalement le type obtient un début de flamme mais sans démarrage. Je propose qu'on aille jouer avec notre bombe à l'extérieur et après quelques essais pas différents des premiers, en fait, on arrive à faire marcher ce frigo! J'espère juste qu'ils y arriveront aussi à Lapu car cette fonction "gaz" est une procédure d'exception: c'est au cas où ni l'électricité standard, ni le solaire ne devaient fonctionner. Donc un cas rare, idéal pour oublier comment ça marche!

Bonant malant ça nous prend 2 heures et on commence à être à la bourre pour passer à l'usine de pashminas chercher la commande!

Ganesh étant HS, nous partons avec Chitra retrouver Ram et son usine. Il est tout content de me voir, on s'embrasse, c'est cool! On a pas trop de temps de palabrer car c'est mon dernier soir et il faut encore faire le tri des paquets pour construire mes 30kg maxi de bagages... Vu le retard j'en profite pour poser définitivement mon lapin à Ganesh (je l'avais prévenu) et je m'évite la soirée avec le Dr Annapurna qui aime un peu trop le whisky (cher!) semble-t-il! Ganesh s'apprête à y laisser sa chemise... moi je préfère pas vu que je viens de l'acheter!! ;-)

On passe une partie de la soirée à peser, ranger et essayer de ne pas dépasser mes 30kg ....

Ainsi s'achèvent deux semaines superbement riches! Je n'avais pas vraiment envie de partir, sans Chap, et après les dernières vacances, j'avais un mauvais pressentiment, ce qui ne m'étais jamais arrivé... Un peu ébranlé dans ma confiance peut-être? Bref, il faut savoir sortir de sa zone de confort et pour changer, j'en ai pris plein les yeux, plein le coeur! Et j'ai fait le plein d'énergie pour repartir dans l'aventure!

Vive Maili!